Une piscine verte se rattrape presque toujours en deux ou trois jours, à condition de faire les choses dans le bon ordre et de doser le chlore choc sur ce que l'eau contient vraiment — pas sur le chiffre unique imprimé au dos du seau. Ce guide d'Et plouf ! ne vend aucun produit ; il vous dit quoi mesurer, quoi verser, et quand ça ne marchera pas.
À retenir en trente secondes
- Une eau verte, c'est du chlore actif insuffisant — pas forcément du chlore absent.
- Mesurez pH, chlore, TAC et surtout stabilisant avant de verser quoi que ce soit.
- Ordre : nettoyage et filtre, puis TAC, puis pH, puis chlore choc non stabilisé.
- La dose de choc dépend du stabilisant : de 8 à 31 mg/L, pas « 20 g/m³ pour tout le monde ».
- Au-delà de 75 mg/L de stabilisant, aucun sachet ne vous sauvera : il faut diluer.
Pourquoi l'eau de la piscine devient verte
Le vert, ce sont des algues, et les algues prolifèrent dès que le chlore actif ne suffit plus à les détruire. « Actif » est le mot qui compte : votre trousse peut afficher 2 mg/L alors qu'une grande partie de ce chlore est liée au stabilisant, ou rendue inefficace par un pH trop haut.
Chlore actif trop bas
Eau verte uniforme, parois glissantes
À mesurer : Chlore libre et stabilisant
pH trop haut (> 7,6)
Le chlore est là, mais inefficace
À mesurer : pH, puis TAC
Filtration trop courte ou filtre encrassé
Eau trouble avant d'être verte, pression du filtre élevée
À mesurer : Manomètre, durée de filtration
Stabilisant trop haut
Verte « malgré le chlore », après des semaines de galets
À mesurer : Stabilisant (acide cyanurique)
Peut-on se baigner dans une piscine verte ?
Non. Pas parce que les algues sont dangereuses en elles-mêmes, mais parce qu'une eau verte est une eau où la désinfection a échoué : les bactéries y prospèrent aussi. Et un fond invisible est un risque d'accident. On attend une eau claire et un chlore libre redescendu sous 5 mg/L.
Avant de traiter : mesurez, ne devinez pas
Quatre mesures changent tout : le pH, le chlore libre, le TAC et le stabilisant. Les bandelettes suffisent pour les deux premiers ; pour le TAC et le stabilisant, elles sont trop imprécises — une trousse à gouttes, un photomètre, ou l'analyse gratuite d'un magasin de piscine.
Le stabilisant est la mesure que personne ne fait, et la cause la plus souvent oubliée des « verte malgré le chlore ». Chaque galet de trichlore et chaque sachet de dichlore en ajoute, et il ne s'en va jamais seul. La réglementation des piscines collectives le plafonne à 75 mg/L ; au-delà de 50, un traitement choc devient déjà très coûteux. Pourquoi le stabilisant bloque le chlore.
Rattraper une piscine verte : les cinq étapes, dans l'ordre
Étape 1 : Nettoyer, et vérifier la filtration
Épuisette pour les débris. Brossage énergique des parois et du fond : les algues accrochées résistent au chlore tant qu'on ne les décolle pas. Puis contre-lavage du filtre à sable ou nettoyage de la cartouche, et vidage des paniers. Le chlore ne fait que tuer ; c'est le filtre qui retire les algues mortes. Un filtre saturé condamne tout le reste.
Étape 2 : Régler le TAC, puis le pH
Dans cet ordre, toujours : le TAC (10 à 15 °f) est le pouvoir tampon de l'eau, et un pH corrigé avant lui dérive en quelques jours. Ensuite le pH, entre 7,0 et 7,4 pour le chlore : au-dessus de 7,5, plus de la moitié du chlore est sous une forme qui ne désinfecte pas. Fractionnez : pas plus de 0,3 unité de pH par intervention, retest après 4 à 6 heures de filtration.
Étape 3 : Doser le chlore choc selon le stabilisant
Pour une piscine verte, la dose de chlore choc dépend du stabilisant, pas seulement du volume : visez un chlore libre égal à 0,4 fois le stabilisant (en mg/L). Avec 40 mg/L de stabilisant, cela fait 16 mg/L, soit environ 24 g d'hypochlorite de calcium à 65 % par m³ (720 g pour 30 m³) ou 160 mL de javel à 9,6 % par m³ (4,8 L pour 30 m³). Le « 20 g par m³ » imprimé sur les seaux ne vaut que pour un stabilisant bas ; au-delà de 75 mg/L, aucun choc ne suffit, il faut diluer.
C'est l'étape que tout le monde expédie avec « 20 g par m³ ». La bonne dose vise un chlore libre égal à 0,4 fois votre stabilisant : 8 mg/L avec 20 mg/L de stabilisant, 20 mg/L avec 50. Puis on convertit en produit : grammes = mg/L visés × m³ × 100 ÷ titre actif du produit. Pour 30 m³, en partant d'un chlore libre nul :
Stabilisant 20 mg/Lvisez 8 mg/L
360 g d'hypochlorite de calcium ou 2,4 L de javel 9,6 % — soit 12 g ou 80 mL par m³
Stabilisant 30 mg/Lvisez 12 mg/L
540 g d'hypochlorite de calcium ou 3,6 L de javel 9,6 % — soit 18 g ou 120 mL par m³
Stabilisant 40 mg/Lvisez 16 mg/L
720 g d'hypochlorite de calcium ou 4,8 L de javel 9,6 % — soit 24 g ou 160 mL par m³
Stabilisant 50 mg/Lvisez 20 mg/L
900 g d'hypochlorite de calcium ou 6 L de javel 9,6 % — soit 30 g ou 200 mL par m³
Stabilisant 60 mg/Lvisez 24 mg/L
1,08 kg d'hypochlorite de calcium ou 7,2 L de javel 9,6 % — soit 36 g ou 240 mL par m³
Stabilisant 80 mg/Lvisez 31 mg/L
1,4 kg d'hypochlorite de calcium ou 9,3 L de javel 9,6 % — soit 47 g ou 310 mL par m³
Deux règles. Chlore non stabilisé obligatoire — hypochlorite de calcium ou javel : un choc au dichlore à 16 mg/L ajouterait 14 mg/L de stabilisant d'un coup, et vous seriez plus mal qu'avant. Et si votre chlore libre n'est pas à zéro, retranchez-le de la cible. Le produit se dissout dans un arrosoir d'eau du bassin, se verse devant les buses, filtration en marche, le soir de préférence.
Le ratio 0,4 est un modèle de terrain, pas une constante physique ; le titre actif varie d'une marque à l'autre. L'étiquette du produit prévaut toujours sur ce tableau. Pour votre volume, votre stabilisant et votre produit exacts, l'application fait le calcul.
Étape 4 : Filtrer en continu 24 à 48 heures
Pompe sans interruption, jour et nuit. Contre-lavez dès que le manomètre monte — parfois deux fois par jour au début, les algues mortes colmatent vite. Retestez le chlore libre le lendemain matin : s'il est retombé sous la moitié de la cible, l'eau consomme encore, refaites un apport. L'eau passe du vert au gris-bleu trouble, puis s'éclaircit : c'est le signe que le filtre travaille.
Étape 5 : Floculer seulement si l'eau reste trouble, puis vérifier
Si après 48 heures l'eau est propre mais laiteuse, un floculant liquide — 10 à 20 mL/m³ selon l'étiquette, qui prévaut — agglomère les particules trop fines pour le filtre. Trois conditions : jamais le même jour que le choc, filtre à sable ou à verre uniquement (il colmate une cartouche), et contre-lavage 24 à 48 heures plus tard. Avant la première baignade : fond visible, chlore libre sous 5 mg/L, pH stable.
Piscine verte malgré le chlore choc : les quatre cas
Stabilisant au-delà de 75 mg/L
Il faudrait plus de 30 mg/L de chlore, et le maintenir. Aucun produit ne fait baisser le stabilisant : vidangez un tiers à la moitié du bassin, complétez, puis reprenez à l'étape 1. La formule du volume à renouveler.
pH trop haut
À pH 8, l'essentiel du chlore est inactif. Le choc lui-même fait monter le pH (hypochlorite et javel sont basiques) : retestez-le le lendemain et ramenez-le entre 7,0 et 7,4 avant de conclure que « le chlore ne marche pas ».
Filtre en fin de vie
Un sable de plus de cinq à sept ans s'agglomère et laisse passer les algues ; une cartouche déformée aussi. Si le manomètre ne monte jamais malgré une eau trouble, le filtre ne retient plus rien.
Algues moutarde ou noires
Un dépôt jaune qui revient au même endroit, ou des taches noires incrustées dans les joints : ces algues résistent aux doses habituelles. Brossage quotidien, chlore maintenu au niveau choc plusieurs jours, et patience — comptez une semaine.
Cas particuliers
- Eau verte après l'hivernage
- Attendez 12 à 15 °C : en dessous, le chlore agit lentement et on surdose pour rien. Filtre d'abord, relevé complet ensuite — le stabilisant a pu grimper avec les galets de l'automne. Bien rouvrir après l'hiver.
- Piscine au sel
- L'électrolyseur ne peut pas fournir un choc : il produit lentement. Faites le choc à la main (javel ou hypochlorite de calcium), puis remettez l'appareil en route. Le stabilisant y est souvent haut, entre 60 et 80 mg/L : mesurez-le.
- Brome ou oxygène actif
- Un choc au chlore non stabilisé reste possible sur une eau au brome (il réactive le brome). Avec l'oxygène actif, un choc à l'oxygène est peu efficace au-dessus de 28 °C : c'est souvent là que l'eau tourne, et un relais chlore s'impose.
- Piscine hors-sol
- Sur 8 ou 10 m³, une cuillère de trop fait une différence énorme. Calculez le volume réel au niveau d'eau, pas au volume de la boîte, et pesez le produit.
Combien de temps ça prend
Vert clair, fond visible : 24 à 48 heures. Vert foncé, fond invisible : 48 à 72 heures, avec un second apport de chlore et souvent un floculant. Stabilisant trop haut : ajoutez le temps de la vidange partielle. Ce qui coûte, c'est surtout le chlore quand le stabilisant est élevé — à 80 mg/L, il en faut quatre fois plus qu'à 20 — et l'électricité de la filtration continue. D'où l'intérêt de ne pas laisser le stabilisant monter.
Empêcher l'eau de reverdir
- Un chlore libre proportionnel au stabilisant : environ 0,115 fois sa valeur, jamais sous 0,075 fois. Avec 40 mg/L, visez 5 mg/L, jamais moins de 3.
- Une filtration égale à la température de l'eau divisée par deux, en heures par jour, aux heures chaudes. Continue au-delà de 28 °C.
- En canicule, la consommation de chlore double tous les 10 °C : testez tous les deux jours au lieu d'une fois par semaine.
- Alternez galets stabilisés et chlore non stabilisé dès que le stabilisant approche 50 mg/L.